Les réseaux de transports en commun et la mobilité des personnes peuvent-ils contribuer à optimiser la logistique urbaine ?
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Face aux défis croissants de congestion, de pollution et d’occupation de l’espace urbain, la logistique urbaine cherche à se réinventer. Et dans cette quête d'efficacité et de durabilité, les réseaux de transports en commun, conçus à l’origine pour les personnes, pourraient bien jouer un rôle dans le transport de biens.
LES TRANSPORTS EN COMMUN AU SERVICE DE LA LOGISTIQUE URBAINE
Les réseaux de transports en commun peuvent aussi transporter des marchandises, en particulier dans les centres urbains denses même s’ils ne pourront pas remplacer massivement les camions et véhicules utilitaires légers. En revanche, le recours aux modes de transport publics de voyageurs déjà implémentés sur le territoire peut participer à l’objectif de rationalisation des transports de marchandises en ville, en offrant des capacités de transport complémentaires à celles du mode routier classique (PL, VUL). Il ouvre également des perspectives de mutualisation de moyens.
Quelques expérimentations illustrent ce potentiel :
À Strasbourg, le projet Tram-fret teste l’acheminement de colis par tramway, en dehors des heures de pointe. L’expérimentation montre qu’il est possible de faire cohabiter voyageurs et marchandises sans perturber le service ni le confort. Les colis sont par ailleurs distribués par un autre facteur circulant à vélo, permettant ainsi de s’affranchir des embouteillages tout réduisant les émissions de CO2 (dioxyde de carbone). A noter également différents exemples de tram fret menés dans des collectivités européennes : Amsterdam, Zurich notamment.
Le projet TELLI (Train Léger Innovant), piloté par un consortium incluant le Cerema, la SNCF et d'autres partenaires, vise à revitaliser les petites lignes ferroviaires en développant un train plus léger, modulaire et économique. Ce train est conçu pour :
Assurer une desserte fine entre zones rurales, périurbaines et urbaines,
Favoriser l’intermodalité autour des gares,
Et intégrer des fonctions logistiques, notamment le transport de colis à bord des trains (micro-fret).
Sur le territoire de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse, des lignes de bus ont été mises à contribution pour transporter de la presse et des plateauxrepas préparés par la cuisine centrale. Cette solution exploite les trajets réguliers du réseau de transport public pour distribuer quotidiennement des marchandises légères, améliorant la fiabilité des tournées tout en limitant l’usage de véhicules routiers supplémentaires.
Autre exemple où à Paris, plusieurs dépôts urbains de la RATP sont mis à disposition en journée comme espaces logistiques temporaires. Ces sites servent de points de relais ou de microhubs pour les livraisons du dernier kilomètre, optimisant un foncier déjà bien implanté en cœur de ville1.
Ces initiatives explorent des solutions de logistique urbaine plus sobres, en valorisant les infrastructures existantes.
LES PARTICULIERS, ACTEURS INVISIBLES DE LA LOGISTIQUE : LES FLUX CACHÉS
La logistique urbaine ne se limite pas aux flux professionnels. Les particuliers, à travers leurs déplacements quotidiens, transportent également une quantité significative de marchandises : courses, colis, objets volumineux, etc. Ces flux, souvent qualifiés de « cachés », sont rarement pris en compte dans les schémas logistiques traditionnels, alors qu’ils représentent une part non négligeable du transport de biens en ville.
Les enquêtes ménages-déplacements (EMD) permettent de mieux cerner ces pratiques. Elles offrent des données précieuses sur les comportements d’achat, les modes de transport utilisés et les distances parcourues par les particuliers. En intégrant ces flux dans la réflexion logistique, les collectivités peuvent mieux adapter leurs politiques de mobilité et encourager des pratiques plus durables, comme le recours aux transports en commun ou aux mobilités actives pour les achats du quotidien. Plusieurs services se mettent en place visant à développer le transport de colis entre particuliers via des plateformes numériques et certaines d’entre-elles permettent d’obtenir une réduction sur le billet de train.
RÉDUIRE L’IMPACT DE LA COLLECTE OU DE LA LIVRAISON GRÂCE AUX TRANSPORTS EN COMMUN GRÂCE À LA COMODALITÉ
La comodalité vise à optimiser l’utilisation de moyens de transport existants en les saturant intelligemment par plusieurs usages (transport de personnes et transport de marchandises). Concrètement, la comodalité repose sur le fait qu’un même véhicule—autocar, train, bateau, tramway, voire avion—peut transporter des personnes et des colis, simultanément ou à des moments différents de la journée.
Ce concept, historiquement utilisé dans les transports publics (messagerie en train, courrier dans les autocars, fret dans les soutes d’avion), revient aujourd’hui comme levier pour décarboner les territoires en mutualisant les infrastructures existantes et en réduisant les véhicules dédiés au transport de marchandises.
LES LIMITES DE LA COMODALITÉ
Bien que la comodalité constitue un levier intéressant pour réduire l’empreinte environnementale du transport de marchandises, elle demeure confrontée à plusieurs obstacles majeurs. Sur le plan réglementaire, elle s’inscrit dans un cadre juridique complexe, en particulier concernant la responsabilité de la marchandise : en cas de perte, de vol ou de détérioration d’un colis, l’identification de l’acteur responsable reste difficile et peu encadrée.
À ces contraintes s’ajoutent des défis opérationnels importants. La mutualisation des flux exige une coordination précise des horaires, des capacités et des espaces disponibles, alors même que les transports publics doivent déjà composer avec des exigences strictes de sûreté, de sécurité, de confort et, souvent, de saturation. L’intégration de marchandises dans certains réseaux, comme le métro ou les trains régionaux à grande vitesse, se heurte à des contraintes physiques : rames peu adaptées, espace limité, présence de marches, de différences de niveaux, de parois et d’obstacles structurels qui compliquent fortement un usage mixte voyageurs–marchandises.