Les collectivités territoriales (CT) engagés dans InTerLUD+ déploient des stratégies d’action publique locale en faveur d’une logistique urbaine durable. En tant qu’acteurs logistiques à part entière, les communes et les EPCI peuvent également agir sur leurs flux propres, générés par l’exercice de leurs compétences ou par leur fonctionnement interne.
Les CT sont des acteurs logistiques spécifiques
L’importance de la fonction logistique dans l’activité des CT se mesure par exemple à la part de leurs marchés publics qui génèrent des flux de marchandises. L’analyse de 7 000 marchés publics passés par 30 CT montre que c’est le cas de plus de 70 % de ces marchés, quel qu’en soit l’objet.
Il s’agit par exemple d’assurer le fonctionnement usuel de la CT : pour cela elle doit assurer commande, réception et distribution interne de fournitures de bureau ou d’équipements de nettoyage. La collecte des ordures ménagères est une compétence des EPCI qui correspond en tant que telle à du transport de marchandises. Les CT sont aussi amenées à déplacer des biens (matériaux, matériels, denrées …) pour approvisionner leurs chantiers de voirie, gérer leur espaces verts, alimenter les sites de restauration collective, …
Or la logistique de ces activités n’est souvent pas gérée en soi par les CT, mais comme un moyen à disposition de leurs services, sans vision globale ni outils d’analyse ou d’évaluation des impacts. D’autre part, elle est marquée par une grande diversité d’organisations, en lien avec la grande diversité des CT (statut et compétences, contexte géographique, priorités de l’exécutif, organisation des services …)
Le transport des marchandises peut s’opérer selon 2 modes :
Par une mise en œuvre directe avec les moyens de la CT (agents, véhicules et sites) : dans ce cas la réduction des impacts de la logistique passera par le verdissement de la flotte et l’amélioration des pratiques des services ;
Par le recours à la commande publique pour des prestations de transport, ou pour la livraison de marchandises acquises auprès de ses fournisseurs : il s’agit alors d’intégrer des exigences de durabilité aux marchés et de sensibiliser l’écosystème des opérateurs économiques à cette évolution.
Plusieurs leviers peuvent être mobilisés.
Dans le cadre d’un engagement volontaire sur la LUD, menée en concertation avec les acteurs économiques comme InTerLUD+ le préconise, agir sur la durabilité de leur propre logistique permet aux CT d’afficher une posture de leadership et d’exemplarité dans le jeu des acteurs locaux mobilisés.
D’abord, il est incontournable pour la CT d’acquérir une connaissance globale et transversale de la logistique qu’elle gère, en analysant les flux matériels, financiers et d’information et leur pilotage. Dans un second temps, cela lui permet d’enclencher des modifications d’organisation à même de diminuer consommation d’énergie et émissions de polluant. Ainsi, dans le cas des fournitures de bureau, chaque service a un fonctionnement particulier. Le repérage et l’analyse de ces flux, pourrait permettre d’identifier des mutualisations possibles (rythme de commande, sites de stockage, circuits de distribution) et de proposer une organisation « massifiée » avec une diminution des déplacements.
La CT peut également jouer sur la sensibilisation et le changement des comportements de ses agents : développement de l’usage de véhicules moins émissifs par les agents en charge du transport de biens, formation des acheteurs publics aux opportunités de logistique décarbonée.
Enfin, la commande publique est bien sûr un levier majeur de décarbonation de la logistique, à condition d’être travaillée de façon très opérationnelle, du sourcing des entreprises à la formation des acheteurs (voir le retour d’expérience de la Ville de Paris dans le Zoom). Au-delà du verdissement de ses marchés, la CT joue un rôle d’entraînement sur les pratiques des entreprises, en donnant une visibilité sur des marchés avec un engagement de durée, volume, et chiffre d’affaires qui leur permet de s’engager et d’investir dans la transition logistique.
Zoom sur … La Ville de Paris forme ses acheteurs publics pour favoriser le report modal
A travers son SPASER 2022-2026, la Ville de Paris favorise le report modal de la route vers le fluvial et le vélo-cargo pour le transport de marchandises. La Ville souhaite diminuer l’impact environnemental de ses achats en agissant sur la commande publique. La Direction des finances et des achats, appuyée par la Direction de la voirie et des déplacements, a impulsé pour cela un plan d’actions global :
interdiction des véhicules routiers au diesel dans les marchés depuis 2020 (devenue obligation de Crti’air 1 ou verte en 2022) ;
sourcing des acteurs représentatifs du transport fluvial et de la cyclo-logistique ;
sensibilisation et formation des acheteurs avec l’intervention technique d’experts des marchés de transport (VNF sur le fluvial) et des exemples de critères et clauses à intégrer ;
rédaction de clauses favorables au report modal ;
communication sur les besoins de la Ville auprès des opérateurs économiques : réunions d’information des fournisseurs et relais auprès des fédérations professionnelles.
Certains marchés sont ainsi fléchés pour du transport fluvial (transport de feuilles mortes, fourniture de dalles, pavés et autres matériaux de travaux de voirie, fourniture de sable et produits déglaçants…) et d’autres pour la cyclo-logistique (fourniture de plateaux-repas pour les élections, entretien des espaces verts, fourniture et maintenance des fontaines à eau …)
Enfin, la démarche de la Ville sur ses achats est complétée par la réduction d’impact de ses propres flux avec le verdissement progressif de son parc automobile par l’achat de véhicules à faibles émissions (bennes à ordures ménagères, VUL, …).
En faisant évoluer la logistique propre vers plus de durabilité, la Ville vise plusieurs objectifs :
la structuration d’opérateurs économiques par l’ouverture et la consolidation de marchés,
l’évolution des pratiques de ces opérateurs mais aussi celles des agents qui utilisent ces marchés,
et in fine des gains environnementaux pour chaque flux concerné.
Pour en savoir + :
1 Guide de l’Ademe : Exemplarité en matière de transport de marchandises : les collectivités aussi !
Retours d’expériences (dont celle de la Ville de Paris) sur interlud.green : Programme Innovations Territoriales et Logistique Urbaine Durable+ - InTerLUD+ - Interlud
A noter qu’une fiche-action type « Collectivité exemplaire » dédiée sera produite par InTerLUD+ en 2026.