Co-construction d’une charte et d’un plan d’action en faveur d’une logistique durable des îles

Objectif du projet

La logistique des territoires insulaires constitue un défi quotidien aux enjeux multiples (éloignement, conditions météorologiques, contraintes portuaires, absence de certains services de livraison …) qui appelle des réponses adaptées et concertées. C'est dans cette perspective que l'Association des Îles du Ponant, qui a la connaissance des territoires, a souhaité engager une réflexion structurée sur l'organisation logistique de ses territoires. Pour mener ce chantier, elle s'est appuyée sur l'expertise méthodologique d'InTerLUD+ et les connaissance Bretagne Supply Chain en logistique, qui animent conjointement la démarche, avec les soutiens financiers de l’Etat via le FNADT (Fonds national d’aménagement et de développement du territoire) et la Région Bretagne.

En s’appuyant sur la méthodologie d’InTerLUD+, le projet poursuit quatre grands objectifs stratégiques :

  • l'élaboration collective d'une charte assortie de fiches actions opérationnelles, pensées pour faciliter leur déploiement sur chaque territoire

  • la mise à disposition d'outils concrets incluant indicateurs de suivi et identification des parties prenantes à mobiliser

  • le partage d'une vision globale de la logistique insulaire à travers un dialogue structuré entre acteurs publics et privés

  • l'identification de leviers d'amélioration et la co-construction de solutions adaptées aux réalités du terrain.

La démarche, qui s'étend jusqu'à fin 2026, s'articule autour de trois journées de travail thématiques et d'une restitution finale.

À l’issue de ces temps de travail, plusieurs productions concrètes seront livrées :

  • Un état des lieux partagé : diagnostic global des pratiques, besoins et contraintes, co-construit avec les acteurs locaux.

  • Des fiches actions : propositions détaillées d’actions expérimentales ou structurelles, avec objectifs, des propositions de modalités de mise en œuvre, les parties prenantes à impliquer et des indicateurs de suivi.

  • Une charte  : document fédérateur définissant les principes d’une logistique insulaire durable.

À date, deux des trois journées de travail ont déjà été conduites : l'état des lieux partagé, puis l'observation terrain.

Première journée : État des lieux partagé

La première journée de travail s'est tenue le 28 janvier 2026 à Brest, une implantation géographique choisie à dessein pour préparer dans les meilleures conditions la journée d'observation terrain sur l'île d'Ouessant.

Programme de l’atelier
Pour structurer cette première journée, animée par Bretagne Supply Chain, le programme suivant a été élaboré :

  • Une table ronde introductive pour présenter les données clés et poser les enjeux

  • Des ateliers collaboratifs (Pour construire un état des lieux partagé des chaînes logistiques, Identifier les problématiques et prioriser les actions)

  • Des interventions rythmées pour présenter les points saillants des différentes études déjà effectuées sur le sujet.

  • Un moment d’interconnaissance pour renforcer les synergies entre les acteurs présents

Les participants
L’atelier a regroupé 40 participants et a permis de valider que l’ensemble des typologies d’acteurs impliqués dans la logistique insulaire était représenté, à l’exception des compagnies aériennes, des manutentionnaires et des clients finaux particuliers.

L’écosystème de la logistique insulaire est le suivant :Compagnies maritimes et aériennes

  • Transporteurs routiers insulaires et continentaux

  • Logisticiens

  • Secteur de l’emballage

  • Fournisseurs d’énergie

  • Clients professionnels et particuliers

  • Collectivités

  • Gestionnaires portuaires

  • Armateurs

  • Manutentionnaires

  • Association des îles du Ponant

  • Secteur de la recherche et de l’enseignement

  • Chambres consulaires

  • Distributeurs

Le travail collectif

Atelier « La fresque du voyage d’un colis »
Les participants ont été invités à compléter la fresque « le voyage d’un colis Le terme « colis » désigne ici toute marchandise, quelle qu'elle soit. » vers et depuis les îles. Chaque participant a pu indiquer les actions menées tout au long de ce parcours, en distinguant celles qui fonctionnent efficacement de celles qui constituent des points de friction. L'exercice visait ainsi à cartographier collectivement les irritants logistiques, mais aussi à faire émerger les pratiques inspirantes et les initiatives innovantes déjà à l'œuvre sur les territoires.

Atelier « les protagonistes de l’ombre »
Chaque typologie d’acteurs était invitée, en groupe, à compléter les éléments suivants :

  • Son rôle dans la chaîne logistique

  • Ses contraintes

  • Ce qui dépend d’elle

  • Ce qui lui échappe

  • Les acteurs avec qui elle doit se coordonner

  • Sa problématique principale

Les restitutions par groupe ont ensuite été mises en commun, ouvrant le dialogue et permettant d'identifier les contraintes propres à chaque partie prenante.

Atelier « Matrice de priorisation stratégique »
Trois enjeux prioritaires ont été identifiés lors de la journée : la coordination entre les acteurs, la traçabilité des marchandises et l’adaptation des infrastructures portuaires.

Chaque typologie d’acteurs :  Entreprises insulaires, Industriels et distributeurs du continent, Transporteurs, Collectivités, Ports et dessertes maritimes, a été sollicité pour se positionner sur une matrice indiquant le niveau de priorité de l’action et leur niveau de maturité.

Bilan première journée

Cette première journée a permis de dresser un panorama partagé des frictions logistiques propres aux territoires insulaires. Les points identifiés constituent la feuille de route de la journée suivante, consacrée à l'observation terrain sur l'île d'Ouessant, qui permettra de confronter ce diagnostic et ses quatre thématiques :

  • Infrastructures portuaires et dessertes,

  • Organisation logistique,

  • Traçabilité,

  • Conditionnement,

 à la réalité du terrain et d'affiner la compréhension des problématiques avant de définir des solutions adaptées.

Deuxième journée : la visite terrain

Le 9 avril 2026, la seconde journée sur la logistique des îles a débuté au port de Brest.

Objectif de la journée
L'objectif de cette deuxième rencontre est de confronter les problématiques identifiées à la réalité du terrain, mesurer leurs impacts et commencer à identifier des solutions concrètes. La visite s’est déroulée à Ouessant, choisie comme île pilote, dans le cadre de la co-construction d'une charte destinée à l’ensemble des îles du Ponant.

Une fois de plus, il y a eu une bonne participation des acteurs concernés avec 23 participants.

À noter, la présence d’entreprises iliennes venant des îles de Groix, Bréhat et Sein témoignant de l'intérêt que suscite la démarche au-delà d'Ouessant. Cette diversité de représentation est un atout pour la démarche. La diversité des contextes insulaires, chacun avec ses spécificités, enrichit les échanges et permet de construire des solutions adaptées à l’ensemble des territoires. La visite à Ouessant constitue ainsi un cas pilote, dans le cadre d’une charte destinée à l’ensemble des îles.

Programme de la journée
Une journée dense en perspective avec un aller/retour sur l’île d’Ouessant dans la journée :

  • Assister au chargement 

  • Embarquements passagers sur le Formveur

  • Arrivée à Ouessant (Observation des opérations portuaires (chargement/déchargement), Échanges avec le responsable de quai sur la gestion des flux)

  • Visites d’entreprises locales (Jezequel : import de matériaux de construction et transport sur Ouessant, Distillerie d’Ouessant : production de spiritueux et vente à l’export, Algues et Mer : production cosmétique à partir d’algues pour l’export)

La logistique d’Ouessant

Les départs du continent
Suite aux échanges de la première journée, les équipes de Bretagne Supply Chain, de l’AIP et d’InTerLUD+ ont identifié plusieurs possibilités pour acheminer les marchandises sur l’ïle d’Ouessant.
La première via le bateau de la Penn Ar Bed, le Molenez, la seconde via le bateau touristique de la Penn Ar Bed, le Fromveur et enfin par avion, via la Finistair.
Ces trois points d’accès, pour les marchandises, ont pu être observé lors de cette journée. Malheureusement, ce jour-là, le temps nuageux n’a pas permis le décollage de l’avion de liaison.

La logistique sur l’espace de la Penn Ar Bed
Au port de Brest, un espace des quais est dédié à la Penn Ar Bed. Le quai réceptionne le Molenez, bateau spécifiquement dédié aux marchandises et le Fromveur, mix entre voyageurs et marchandises.

Espace de stockage Penn Ar Bed au port de Brest2
Fromveur à gauche de la photo et Molenez à droite

Le Fromveur étant un bateau voyageur, il réalise une rotation quasi-quotidienne entre Brest et Ouessant (un aller-retour dans la journée).

Il transporte :

  • Tous les jours (sauf les dimanches), les denrées fraiches au départ de Brest et assure le maintien de la chaine du froid.

  • En alternance, les énergies nécessaires à l'île – hydrocarbures ou gaz –, les contraintes réglementaires ne permettant pas leur transport simultané.

  • Des conteneurs spécifiques, s’il reste de la place en soute.

Fromveur entrain de charger les hydrocarbures et des conteneurs

Le Fromveur tout comme le Molenez possède un système de grutage propre, ce qui leur permet d’accoster et de décharger sans se soucier de la position d’une grue à terre.

Le matin de la visite le Molenez à charger :

  • Les conteneurs spécifiques, aux dimensions adaptées pour le Molenez et le Fromveur

  • Des big-bags de sable et gravier

  • Des matériaux de construction aux grandes dimensions

  • Deux voitures et un lot de fenêtres, car les conditions climatiques le permettaient

Le Molenez peut charger jusqu’à 250 tonnes en une traversée, ce qui peut arriver, lorsqu’il tranporte uniquement des big-bags de granulat ou de sable.
L’une des cargaison les plus insolite fut le transport d’un hélicoptère, tombé en panne sur l’île d’Ouessant et qui a du être rapatrié sur le continent par bateau, cet exemple permet d’illustrer la diversité des marchandise qui peuvent transiter par ces deux bateaux.
Cette observation à bord a continué avec le déchargement des marchandises à Molène et l’embarquement d’une mini-pelle de 9 tonnes, 1 tonne de moins que la charge maximum de la grue, dans la soute avant.
Pour réaliser cette manœuvre, les bonnes conditions climatiques sont nécessaires car les quais de Molène ne sont pas suffisamment abrités des vents et de la houle.

Des échanges avec l’équipage, il résulte plusieurs contraintes fortes :

  • Des marchandises fragiles qui ne peuvent être transportées que par temps calme pour éviter la casse, il en est de même pour les voitures.

  • Des quais compliqués à approcher dès que la météo n’est pas favorable, de part le manque de protections.

 

Les visites des entreprises de l’île
Les entreprises insulaires sont soumises aux mêmes exigences que leurs homologues continentales en matière de délais de livraison, de réactivité commerciale et de gestion des flux.
Les visites des 3 entreprises ouessantines :

  • Jezequel, revendeur de matériaux de construction,

  • Distillerie d’Ouessant, fabrication de bières et spiritueux,

  • Algues et Mer, extraction de principe actif des algues,

ont illustré concrètement en quoi la logistique, tant à l'approvisionnement qu'à l'enlèvement des marchandises, représente un enjeu central pour leur activité. Il en ressort que les contraintes logistiques des territoires insulaires, allongent la chaine logistique et la communication entre les différents acteurs, ainsi que la traçabilité des marchandises constituent des enjeux majeurs.  

Bilan de la deuxième journée
La visite terrain sur l’île d’Ouessant confirme les problématiques identifiées lors de la première journée de rencontre : la logistique des îles appelle des évolutions concrètes.

Certains aspects de la logistique rappellent des aspirations ou des freins similaires à ceux rencontrés sur les territoires continentaux. Notamment la cohabitation des flux passagers / marchandises, la traçabilité des produits, ou encore la communication entre les acteurs. Toutes ces facettes de la logistique urbaine seront évoquées lors de la troisième journée de travail qui aura lieu le 17 juin 2026. Durant cette journée d’atelier collaboratif, une liste d’actions à mettre en œuvre sera discutée pour la construction des fiches actions dont sera constituée la charte de la logistique durable insulaire. 


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