Le téléphérique de chantier de l’écoquartier du bac à Clichy
Quelle est l'innovation portée par le projet ?
Le projet de construction de l’immeuble de bureaux Blaaack, porté par AXA et REDMAN, s’inscrit dans un territoire urbain très dense où les enjeux logistiques sont particulièrement complexes.
Le chantier nécessitait un important terrassement : près de 2 hectares à décaisser sur 8 mètres de hauteur. L’évacuation des déblais aurait généré environ 80 camions par jour, une solution jugée incompatible avec le contexte local par le Maire de Clichy, qui a demandé une alternative.
Dans un quartier en pleine transformation, marqué par des voiries déjà saturées, de nombreux chantiers, l’arrivée de nouveaux habitants et de fortes ambitions environnementales, le recours aux camions aurait aggravé les nuisances sonores, les émissions de CO₂, la congestion et les difficultés de circulation.
La proposition est une solution logistique inédite en milieu urbain.
L’évacuation des déblais par câble directement depuis le site de terrassement permet de répondre aux problématiques directes du terrain. Il permet également une utilisation plus optimale du transport fluvial pour évacuer les déblais.
Cette solution s'appuie sur la présence du quai de Clichy pour l'accostage des barges. Une infrastructure provisoire spécifique reliant le chantier au fleuve a été mis en place : téléphérique de chantier, pylônes et leurs fondations, systèmes d'ancrage, portiques et équipements de déchargement, ainsi que des aménagements temporaires du quai.
Ce projet combine innovation technique, logistique et environnementale, encouragées fortement par les politiques publiques locales.
Le téléphérique permet une réduction très significative du trafic des camions dans le quartier, limitant les nuisances sonores, routières et environnementales pour les riverains.
Les émissions du chantier ont été réduites d’environ 30% à 35% par rapport à la solution par camions. Le téléphérique a également permis de sécuriser le chantier, évitant la cohabitation des camions et des engins, rendant plus fluide le travail de terrain.
Le projet permet également de requestionner, resolliciter et rétablir le transport fluvial, souvent oublié alors qu’il est pleinement fonctionnel. L’innovation proposée lors de ce projet a permis de faire accepter plus facilement ce grand projet d’aménagement urbain, souvent critiqués par les riverains.
Le suivi des évacuations par voie fluviale confirme que le dispositif a été effectivement mis en œuvre tout au long du chantier. Le téléphérique a assuré le transfert des déblais vers les barges, démontrant la faisabilité opérationnelle d'une chaîne logistique combinant transport par câble et transport fluvial en milieu urbain dense.
Année de mise en oeuvre : 2019
Porteur du projet
Ville de Clichy-la-Garenne
80 boulevard Jean Jaurès 92110 Clichy-la-Garenne
Comment le projet fonctionne t-il ?
Le téléphérique, composé de deux lignes qui fonctionnent indépendamment l’une de l’autre, transporte, à 35 mètres du sol et sur près de 400 mètres, les terres issues des travaux depuis le chantier jusqu'aux barges stationnées sur les quais de Seine.
Quatre bennes ont été développées spécifiquement pour ce chantier. D’une capacité de 20 tonnes, elles mesurent 5 mètres de long, 3 mètres de large et 4 mètres de haut.
Le déchargement se fait de manière gravitaire et automatique via trémie de déchargement positionnée au niveau du quai :
10 minutes sont nécessaires entre le chargement et le déchargement.
environ 200 tonnes de terres peuvent être transportés par heure.
Le téléphérique assure uniquement le préacheminement entre le chantier et la Seine. Le transport fluvial constitue le mode principal d'évacuation sur longue distance, les déblais étant notamment acheminés vers les installations de comblement des carrières de gypse de Gennevilliers.
Six mois de négociation ont été nécessaires pour obtenir les autorisations requises à l'installation des quatre poteaux, dont trois côtés Clichy et un côté Asnières. Le maître d’ouvrage a fait en amont un travail conséquent, les autorisations administratives ont été demandées par Vinci, mais tous les acteurs étaient prêts et connaissaient le dossier.
Le téléphérique a été inauguré le 17 juin 2019 et a été démonté en février 2020. Il a nécessité 3 mois de conception, 3 mois d’installation et pu fonctionner pendant 6 mois.
Tout a dû être inventé : les bennes, la trémie, les moyens de sécurisation du site. Un prototype a été nécessaire, la conception a nécessité d’aller dans le détail : forme de la benne, des angles, etc…
Le téléphérique étant entièrement automatique, quelques semaines de prise en main ont été nécessaires, il n’a donc pas été utilisé de manière optimale pendant les 6 mois.
Le projet était dimensionné pour évacuer 140 000 m³ de déblais (environ 252 000 tonnes). La majeure partie des déblais a été transportée par voie fluviale avec préacheminement par le téléphérique.
Quels sont les usages concernés par le projet ?
Le téléphérique de chantier constitue une solution de transport sur courte distance offrant une alternative au préacheminement routier des matériaux vers une plateforme de chantier ou vers un mode de transport massifié, comme le transport fluvial dans le cas présent.
Son utilisation reste toutefois limitée à des contextes spécifiques où le transport routier est difficile, voire inadapté. Il est particulièrement pertinent pour franchir un obstacle (relief, coupure routière, infrastructure de transport) ou, comme ici, pour éviter la circulation de camions dans un environnement urbain dense.
Ce type de solution peut être déployé sur des chantiers urbains ou d'infrastructures nécessitant le transport de volumes importants de matériaux, qu'il s'agisse de déblais ou d'approvisionnements.
Le téléphérique de chantier présente un intérêt particulier lorsque trois conditions sont réunies : un volume conséquent de matériaux à transporter, la proximité d'un mode de transport massifié (voie d'eau ou rail) et un contexte où les nuisances générées par le transport routier (circulation, bruit, émissions, sécurité) sont particulièrement sensibles.
Quels sont les clefs de réussites et leviers facilitateurs du projet ?
Les bénéfices :
Ce projet a permis d’éviter 10 000 rotations de camions et de réduire de 35% les émissions de CO2 par rapport à une évacuation classique par la route. Le niveau d'acceptabilité du chantier pour les riverains est sensiblement accru : la qualité de l'air et l’état des voiries sont préservés tandis que les nuisances sonores et les poussières sont nettement réduites.
Ce projet permet un préacheminement des déblais jusqu’au fleuve sans utiliser de camions et à une échelle plus large, le transport fluvial des déblais a également permis de limiter les impacts du chantier comparativement à une solution de transport routier.
Les clés de réussite :
La volonté politique a été déterminante en imposant de trouver une solution alternative à l’utilisation de camions pour l’évacuation des déblais. La Ville a également travaillé en amont avec l’ensemble des acteurs ce qui a facilité l’acceptabilité du projet. Le maître d’ouvrage a fait en amont un travail conséquent, tous les acteurs connaissaient le dossier ce qui a facilité la délivrance des autorisations administratives.
La proximité immédiate de la Seine et l'existence d'un quai exploitable ont constitué des facteurs déterminants de faisabilité.
Les limites :
financière : Cette installation s’avère plus onéreuse qu’une solution classique par transport routier, ce chantier de terrassement étant 25% plus chère qu’un chantier traditionnel.
Le projet est avant tout le résultat d’une volonté politique : le Maire a donné son accord pour ce chantier à condition qu’il n’y ait pas de transport routier.
technique : Vinci n’a pas pu exploiter le téléphérique à son plein potentiel. Une telle solution pourrait avoir un intérêt éventuellement sur un chantier qui fonctionne 24h/24, mais à Clichy compte tenu du bruit généré par le chargement des bennes, une convention avec les riverains limitait l’utilisation du téléphérique entre 7h et 20h.
Il convient par ailleurs de relever que le projet ne reposait pas sur une simple utilisation du quai existant : il a nécessité la création d'une infrastructure temporaire complète (téléphérique, pylônes, fondations, trémie de chargement et équipements associés), entièrement démontée à la fin du chantier.
Perspectives :
Une partie de la structure du téléphérique appartient à Mécamont Hydro, une partie de la solution a été louée. Les bennes et la trémie sont la propriété de Vinci. Des perspectives de réutilisation du téléphérique sont envisagées à la Défense.