Création d’une matrice permettant d’améliorer l’aménagement et la gestion des aires de livraison
Quelle est l'innovation portée par le projet ?
Contexte
Le projet répond à une gestion fragmentée et peu objectivée des aires de livraison : absence de base de données consolidée, écarts entre arrêté et réalité terrain, marquages dégradés, conflits d’usage avec le stationnement classique et insécurité pour transporteurs et riverains. Cette situation génère des stationnements illicites, une faible rotation, des pertes de temps pour les professionnels, une difficulté de priorisation des travaux et un manque de traçabilité des demandes usagers. Elle limite également la capacité de la collectivité à piloter la logistique urbaine dans une perspective de performance environnementale et de régulation des flux.
Le projet s’inscrit dans un contexte de montée en puissance des enjeux de logistique urbaine, de pression sur l’espace public et de transition écologique. La ville de Pau ne disposait pas d’un outil partagé entre services pour suivre l’état, la conformité et l’usage des 99 aires de livraison communales. Par ailleurs, la numérisation des services publics et le déploiement d’outils créent de nouvelles opportunités de contrôle et de régulation. Le projet s’est construit dans une logique transversale associant développement économique, voirie, occupation du domaine public, mobilité logistique et direction du numérique.
L’innovation repose sur trois leviers complémentaires. D’abord, la création d’une matrice exhaustive, objectivée par une notation multicritère (conformité CEREMA, état du marquage, dangerosité) adossée à des relevés terrain et photographiques, permettant une priorisation rationnelle des interventions. Ensuite, l’instauration d’une gouvernance interservices mensuelle s’appuyant sur cet outil commun, transformant un sujet technique en pilotage stratégique partagé. Enfin, la mise en place d’un circuit numérique intégré : couche SIG en ligne, formulaire usagers connecté au logiciel métier, suivi automatisé des demandes et production de statistiques.
Résultats visés
Le projet améliore la qualité et la sécurité des aires, optimise la programmation des travaux et renforce la transparence vis-à-vis des usagers. Il réduit les stationnements illicites et favorise une meilleure rotation, ce qui diminue les temps de recherche de place et les circulations parasites associées. À terme, cela contribue à une baisse des émissions de CO2 liées aux livraisons urbaines. Le dispositif numérique fluidifie la relation usager, assure une traçabilité complète des demandes et fournit des données d’aide à la décision. Aussi, le projet permet une transversalité et une communication inter-services sur les sujets de logistique urbaine.
Année de mise en oeuvre : 2025
Porteur du projet
Communauté d’agglomération Pau Béarn Pyrénées
Hôtel de France 64011 Pau
Comment le projet fonctionne t-il ?
Le projet repose sur une chaîne de fonctionnement structuré, continue et interconnectée, allant du diagnostic initial à la régulation opérationnelle.
Première étape : la constitution d’une base de référence exhaustive. Les 99 aires de livraison de Pau ont été recensées dans une matrice unique. Chaque aire a fait l’objet d’une vérification réglementaire (conformité à l’arrêté municipal et aux adresses associées), d’un contrôle sur site et d’un relevé photographique. Une notation de 0 à 3 a été attribuée selon trois critères objectivés : conformité aux recommandations du CEREMA, état du marquage au sol et niveau de dangerosité pour les transporteurs et les riverains. Cette cotation transforme une perception qualitative en outil d’aide à la décision. Elle permet de hiérarchiser les interventions et d’allouer les moyens en priorité aux situations les plus dégradées.
Deuxième étape : un pilotage interservices régulier. Chaque premier mercredi du mois, une réunion associe les directions Développement économique, Occupation du domaine public, Mobilité logistique et Voirie/marquage au sol. La matrice constitue le support commun d’analyse. Les aires mal notées, les opportunités de travaux programmés et les besoins liés à la présence commerciale sont examinés. Cette gouvernance transversale assure cohérence, réactivité et mutualisation des décisions. Elle évite les interventions isolées et favorise une vision systémique de la logistique urbaine.
Troisième étape : la transparence et l’accessibilité des données. La couche SIG des aires de livraison a été fiabilisée puis mise en ligne sur l’application « Pau, ma ville facile ». Les usagers disposent ainsi d’une information claire et géolocalisée. Cette visibilité contribue à un meilleur respect des emplacements et à une appropriation collective du dispositif.
Quatrième étape : l’intégration d’un circuit numérique de gestion des demandes. Un formulaire accessible sur pau.fr et l’application mobile permet aux usagers de demander la création, la modification ou la suppression d’une aire. Les demandes sont centralisées, instruites en réunion mensuelle et orientées vers différents circuits (acceptation, refus ou analyse complémentaire). En cas de validation, le formulaire est interfacé avec le logiciel métier des services techniques pour planifier les travaux. L’usager est informé à chaque étape. Ce processus garantit traçabilité, équité de traitement et production de statistiques exploitables (typologie des demandes, localisations, motifs).
Enfin, le projet intègre une perspective d’évolution réglementaire et technologique avec la réflexion sur le double statut aire de livraison/place de stationnement. Les transporteurs inscrits sur une liste d’ayants droit conserveront la gratuité. Ce mécanisme renforcera la régulation des usages, la rotation et la disponibilité effective des aires.
Ainsi, le projet atteint ses objectifs par la combinaison d’un diagnostic objectivé, d’une gouvernance transversale, d’outils numériques
Quels sont les usages concernés par le projet ?
Le projet cible plusieurs publics aux usages différenciés, autour d’un objectif commun : améliorer la fonctionnalité des aires de livraison et la qualité d’usage de l’espace public.
Premier public : les transporteurs et professionnels de la logistique urbaine (livreurs, artisans, prestataires de services). Pour eux, l’usage principal est opérationnel : disposer d’emplacements identifiés, conformes et sécurisés, à proximité des commerces ou des clients. La fiabilisation des aires, leur meilleure lisibilité (marquage, conformité aux recommandations CEREMA) visent à garantir une disponibilité réelle et une rotation efficace. Le projet répond ainsi à des enjeux de productivité, de sécurité et de réduction du temps de recherche de stationnement.
Deuxième public : les commerçants et acteurs économiques. Les aires de livraison conditionnent la fluidité des approvisionnements et donc l’attractivité commerciale. La priorisation des interventions en fonction de la densité commerciale et des besoins identifiés permet d’adapter l’offre de livraison aux réalités économiques locales. Le dispositif contribue indirectement à soutenir l’activité en centre-ville et à limiter les conflits d’usage entre clients et livreurs.
Troisième public : les riverains et usagers de l’espace public (automobilistes, piétons, cyclistes). Pour eux, l’enjeu est celui de la sécurité et de la cohabitation des usages. Une aire bien positionnée et correctement aménagée limite les stationnements en double file, les arrêts sur trottoir ou sur piste cyclable, et donc les situations accidentogènes. Le projet vise à réduire ces tensions et à améliorer la qualité de vie urbaine.
Quatrième public : les usagers citoyens souhaitant formuler une demande. Grâce au formulaire en ligne accessible via pau.fr et l’application mobile, ils peuvent solliciter la création, la modification ou la suppression d’une aire. Le circuit numérique garantit transparence, information à chaque étape et traçabilité. Le projet renforce ainsi la participation citoyenne et la confiance dans l’action publique.
Enfin, le projet s’adresse aux services municipaux eux-mêmes. La matrice, la couche SIG et les statistiques issues des demandes constituent des outils d’aide à la décision et de pilotage stratégique. Les directions Développement économique, Voirie, Occupation du domaine public et Mobilité logistique disposent d’une base partagée pour arbitrer, planifier et évaluer leurs actions.
En synthèse, le projet concerne l’ensemble des acteurs de la chaîne logistique urbaine et, plus largement, tous les usagers de l’espace public. Il articule usages professionnels, besoins économiques, sécurité urbaine et participation citoyenne dans une logique de gestion intégrée et durable.
Quels sont les clefs de réussites et leviers facilitateurs du projet ?
Éléments de contexte favorables
Plusieurs facteurs ont créé un terrain propice à la mise en œuvre du projet. D’abord, une problématique clairement identifiée et partagée : tensions sur l’espace public, conflits d’usage autour des aires de livraison, difficultés de contrôle et absence d’outil de pilotage consolidé. Cette prise de conscience transversale a facilité l’adhésion des directions concernées.
Ensuite, l’existence d’une dynamique interne autour de la logistique urbaine et de la modernisation des outils numériques a constitué un levier structurant. La présence d’une Direction du numérique en capacité de développer un formulaire interfacé avec les logiciels métiers a permis de dépasser une gestion artisanale des demandes. De même, la disponibilité d’outils SIG et de l’application « Pau, ma ville facile » a favorisé la mise en visibilité des données.
Le contexte réglementaire et technologique a permis d’inscrire le projet dans une logique d’anticipation et de régulation renforcée du stationnement, au-delà d’une simple remise à niveau technique.
Enfin, la mise en place d’un comité mensuel interservices a constitué un levier organisationnel décisif. Ce cadre régulier d’échanges a favorisé la co-responsabilité, la coordination et la capacité d’arbitrage rapide, conditions essentielles pour traiter un sujet à l’interface de plusieurs compétences.
Freins potentiels et atouts pour les dépasser
Le premier frein réside dans la complexité transversale du sujet. Les aires de livraison relèvent à la fois de la voirie, du développement économique, du stationnement et de la logistique. Le risque était celui d’un cloisonnement administratif. L’atout majeur du projet a été la création d’un outil commun (la matrice notée) servant de référentiel partagé. En objectivant les constats par une cotation multicritère et des relevés photographiques, le débat est passé d’une logique subjective à une logique factuelle.
Un second frein concerne la capacité à prioriser dans un contexte budgétaire contraint. Toutes les aires ne peuvent être reprises simultanément. La notation (conformité CEREMA, marquage, dangerosité) a permis de hiérarchiser les interventions selon un niveau de risque et d’impact, rendant les choix plus lisibles et défendables.
Un autre risque tenait à la gestion des attentes des usagers. L’ouverture d’un formulaire peut générer un volume important de demandes. L’intégration d’un circuit d’instruction structuré, avec plusieurs issues possibles (acceptation, refus, analyse complémentaire) et une information systématique à chaque étape, a permis de sécuriser le processus et d’éviter l’effet “boîte noire”.
En synthèse, la réussite du projet repose sur l’objectivation des données, la gouvernance interservices, l’appui sur des outils numériques existants et une logique d’amélioration continue. Ces leviers ont permis de transformer une problématique diffuse en système structuré, pilotable et évolutif.